Réflexions sur les raisons personnelles d’hostilité à l’extension radicale de durée de vie

Voici des réflexions sur les positionnements personnels qui bien souvent conduisent à une certaine hostilité face à la perspective d’une extension radicale de la durée de vie par la technologie.

Refoulement de l’horreur de la mort

Notre vie actuelle peut être assimilée à un camp de la mort à ciel ouvert: nous avons la certitude d’être condamnés à mourir, quoi que nous puissions faire, et nous voyons cela arriver à certains de nos proches dont la disparition funeste n’est qu’illustration de notre sort. 

C’est une horreur. Cette perspective est dramatique, il faut une certaine force pour l’admettre pleinement. Un moyen de ne pas sombrer dans une déprime chronique est le refoulement. On nie à notre sort ce caractère abominable, et l’on se réfugie dans la religion, le fatalisme… on invente à la mort un sens cosmique positif, des raisons et même des vertus… Bref plutôt que d’ouvrir les yeux, on refoule.

Ce refoulement est bien venu en fin de compte. Il rend le concept de mort moins insupportable. 

Ce refoulement est un des mécanismes déclenchant le rejet de la perspective d’une extension radicale de vie hypothétique. Ce refoulement, ainsi que tous les prétextes d’hostilité à l’extension radicale de vie s’effondreront si nous parvenons à ôter à la mort son caractère systématique. En attendant, certains se projettent dans un futur optimiste, et puisent dans les perspectives d’une éradication technologique de la mort involontaire, espoir et enthousiasme.

Cet optimisme est-il également un refoulement? Pas tout à fait, car il admet, aujourd’hui, le caractère totalement atroce de notre situation, il ne le nie pas, mais y fait face par l’enthousiasme profond qu’il place dans un futur ou LE problème serait résolu.

Si nous pouvons vivre indéfiniment nous allons nous ennuyer

C’est un argument qui revient fréquemment. Je vous invite à vous rendre sur la partie « Meilleures raisons de souhaiter une vie radicalement plus longue » dans laquelle je présente une série d’arguments positifs sur le sujet, afin de réaliser que les raisons de se réjouir d’une vie radicalement plus longue en pleine santé sont nombreuses.

La peur de se retrouver seul, les membres de sa famille étant décédés

Si l’extension de vie radicale s’offre à vous au cours de votre vie… pourquoi vous retrouveriez-vous seul? Les membres de votre famille pourraient en bénéficier également et vivre à vos côtés aussi longtemps qu’il leur plaira.

Si vous faites le choix de la cryogénisation, en admettant que les gens du futur parviennent à vous réanimer, mais sans votre famille… Effectivement vous vous retrouverez alors sans vos proches. Ceux qui optent pour la cryogénisation solitaire font ce choix en connaissance de cause. Comment peuvent-ils faire un choix impliquant une réanimation dans un monde où ils ne connaitront personne?

Voici quelques arguments:

  • La situation aujourd’hui est elle vraiment meilleure? Nombreuses personnes âgées n’ayant pas d’enfant ou ayant perdu contact avec leur famille, finissent par mourir seules dans des établissements dédiés… des mouroirs. 
  • Nous sommes physiologiquement construits pour surmonter la perte de nos proches. Dans l’immense majorité des cas, des enfants ayant perdu leurs parents, leurs meilleurs amis trouvent la force de continuer leur vie après un immense chagrin. Ces pertes pourront pareillement être surmontées par ceux ayant volontairement fait le pari d’être réanimés dans le futur. Car ce futur ne sera pas dépourvu de raisons d’être heureux.
  • Tomber amoureux à nouveau, fonder une famille pourront être les points d’ancrage d’une nouvelle vie.
  • De même qu’un expatrié crée de nouvelles relations amicales et personnelles en arrivant dans un nouveau pays, un réanimé dans le futur pourra lui aussi tisser des relations  qui donneront un sens à sa vie.
  • Enfin, l’amour de la vie des cryonistes est tel qu’ils ont foi dans le futur et leur capacité à aimer leur nouvelle vie.

La perte des proches reste enracinée en nous. Au fil des mois, des années, elle ne disparait pas, mais trouve sa place, se range. Dans une vie future très longue, les occasions de rebâtir une vie seront multiples. La douleur de la perte des proches de l’Ancien Monde s’estompera d’autant plus que la durée de vie sera longue.

Et le chagrin de la perte des nouveaux proches n’aura pas de raison d’être: chacun pouvant bénéficier de l’extension radicale de vie. Nous demeurerons entourés de nos proches aussi longtemps que souhaité. Cette possibilité à elle seule suffit à alimenter notre enthousiasme pour le monde de demain… un monde où nous-mêmes et nos proches ne serons plus soumis à la dégradation biologique aboutissant à la mort déchirant nos liens.

Cela n’arrivera pas de notre vivant, gratification future

L’avènement d’une extension radicale de vie arrivera dans des siècles pensent certains… aucune raison donc, d’y projeter ses espoirs aujourd’hui.

C’est un argument tout à fait valable. Certains ne peuvent retirer d’optimise émotionnel de ce qui n’est pas disponible.

D’autres, comme moi-même, et j’imagine la majorité de ceux qui adhèrent aux valeurs de Future is Great retirent un optimisme réconfortant à imaginer des lendemains ou vieillissement et maladies seront éradiqués. Et ce d’autant qu’un activisme en ce sens peut accélérer cet avènement: plus les gens seront informés des perspectives d’extension de vie radicale, plus ils souhaiteront l’arrivée précoce des technologies le permettant.

Alors quand est-ce que les technologies seront suffisamment avancées pour éradiquer maladies et vieillissement? Impossible à prédire avec certitude. Les plus optimistes misent sur la seconde moitié de ce siècle… nous pourrions bien être une des dernières générations soumises à la disparition involontaire.

Paradoxe du problème résolu

La question de la mort ne laisse personne indifférent, et chacun est amené au cours de sa vie à se positionner pour finalement rationaliser le concept. La religion est un moyen de contextualiser la mort par exemple, avec ses promesses de paradis ou d’enfer. Certains pensent qu’ils seront réincarnés. D’autres se sont conditionnés à accepter leur disparition pure et simple.

Dans la très large majorité des cas, le problème de la mort est « résolu », rangé, plié. Un échafaudage intellectuel est bâti pour caser cette idée de disparition. Sa propre disparition d’abord, mais également celles des proches que nous subissons, impuissants.

Toute perspective susceptible d’ébranler l’échafaudage est vue comme perturbateur. La perspective d’une extension radicale de vie par la technologie bouleverse l’échafaudage intellectuel, car il remet tout en question: vouloir l’extension de vie par la technologie est l’aveu que les solutions intellectuelles actuelles sont juste des substituts faute de mieux. Le mieux étant indisponible pour le moment, mais envisagé dans un futur plus ou moins proche par des mouvements tels Future is Great.

La posture du problème résolu est une des (multiples) raisons pour laquelle nombreuses personnes ne veulent pas entendre parler d’une extension radicale de vie: cette perspective bouleverse, sans solution immédiate, leur bancal positionnement par rapport à la mort.

Conclusion
La perspective de l’extension radicale de vie bouscule les échafaudages psychologiques mis en place pour supporter l’horreur de la mort. Ces échafaudages sont des mécanismes de défense pour tolérer l’intolérable. Les gens ont leurs raisons pour rejeter une possibilité positive, mais pas encore disponible. Pourtant, certains d’entre nous sont prêts à accepter la calamité de notre sort actuel, en puisant des raisons pour un optimisme radical dans un futur où LE problème sera résolu une fois pour toute.


Articles similaires:


Laisser un commentaire